Article de Katherine Kanter  -  Paris Opera Ballet Concours interne de Promotion 2005 - December 2005

Allow me to say a few words here about the question of the 'sujet', Fanny Fiat.
That is not to suggest, in any way shape or form, that one be anything but overjoyed that Myriam Ould Braham have been appointed première danseuse - she is a very original and exciting figure, and of too delicate a complexion to tarry longer in the corps de ballet - but had I my d'ruthers, I should have promoted to the other premier danseur place available, not Doroth&eacutee Gilbert who, though delightful, and extraordinarily technically facile, is still a child, but Fanny Fiat.
First, she put in the strongest Concours of the class of sujets.
Nor is this the first time that Fanny Fiat have put in the strongest Concours. It has happened at least three times, if not more, but she has not been promoted.
It takes all kinds to make a world, and there are all kinds of emploi in the classical - I repeat classical - dance.
Fanny Fiat belongs to a genre that has almost ceased to exist, viz., "serious comedy" (Twelfth Night, Measure for Measure, A Winter's Tale), one that calls for a great master of the classical variation. And Fiat is a great master of the classical variation. Ninette de Valois and Irina Baronova belonged to the same genre. She was born to dance roles like Coppelia or Lise, that unfortunately are not in the repertoire of this theatre.
Never have I seen her perform variations, including the most difficult bravura variations for the woman, with anything less than great brio, judicious ornament, and considerable feminine charm veiling all force.
In the grand pas de trois of Paquita, she is unsurpassable, in the "Jewels" pas de cinq of "Beauty", she is unsurpassable. In point of fact, we have nothing like this in the theatre today, and have not had anyone like her for quite some time.
She jumps and beats as freely and boldly as any of the men, but she is definitely not a man !
A test for this writer, is whether a dancer can make a piece of rubbishy choreography look like a serious and worthwhile work of art. Clavigo is a "ballet" that drives me round the bend, and Marie's variation is simply nonsense, to the most insipid score. Fanny Fiat, this afternoon, made it make sense. It was beautiful, poetic, moving - in fact, she outstripped every other performance I've seen in the past years of that variation, including that by the creator of the role.
Precisely one year ago, Mlle. Fiat's "Diamond" pas in "The Sleeping Beauty" elicited, inter alia, the following comments,
"Would that Enrico Cecchetti had been standing in the wings watching ! Mlle. Fiat's steps of elevation - sissonne, cabriole, and those tricky jeté en temps d'arrêt, emboîté and so on - form a vast and airy backdrop, against which the batterie flashes like facets in a gemstone. Never, since Alla Sizova, have I seen such magnificent pas de chat, the entire body soaring up into an ellipse high above the ground, her steely foot grazing the boards only to rebound. In the arabesque with fouetté in the torso only (as in the "Flower Festival"), the shift in the body is like holding a diamond up to the light to admire its fires. As the variation opens, how she rests the arm against the air to the sound of the triangle ! Her port de bras ! And no sign of the prodigious force that underlies the tracery of her dance !"

As Noverre would say "après cette digression dont mon coeur avait besoin", I would add that I for one look forward to the prospect of seeing Mlle. Fiat as Gamzatti in March. And we need more repertory, much more repertory, for people like this.

Katherine Kanter


Traduction
 
Permettez-moi de dire quelques mots ici concernant la question du « sujet », Fanny Fiat.
Ceci n'est pas pour suggérer, de quelque manière que ce soit, que l'on soit autrement que très heureux que Myriam Ould Braham soit nommée Première Danseuse - elle est une figure très originale et impressionnante et d'un tempérament trop délicat pour tarder plus longtemps dans le corps de ballet, mais si j'avais eu la possibilité, j'aurais promu à l'autre place de Première Danseuse disponible, non pas Dorothée Gilbert, qui tout en étant ravissante et dotée d'une facilité technique extraordinaire, est toujours un enfant, mais Fanny Fiat.
Tout d'abord, elle a présenté le meilleur Concours dans la classe des "sujets".
Mais ce n'est pas la première fois que Fanny Fiat a présenté le meilleur Concours. Cela s'est passé au moins 3 fois, sinon plus, mais elle n'a jamais été promue.
Il faut de tout pour faire un monde et il existe toutes sortes d'emplois dans la danse classique, je répète, classique.
Fanny Fiat appartient à un genre qui a presque cessé d'exister, c. à d. "comédie sérieuse" (Twelfth Night, Mesure pour Mesure, Un Conte d'Hiver) qui exige une grande maitrise des variations classiques. Et Fiat a cette grande maîtrise de la variation classique. Ninette de Valois et Irina Baronova appartenaient à ce même genre. Elle est née pour danser les rôles comme Coppélia ou Lise qui ne sont malheureusement pas dans le répertoire de ce théâtre.
Je ne l'ai jamais vue exécuter des variations, même les bravuras les plus difficiles pour une femme, sans se départir d'un grand brio, d'un ornament judicieux et d'un charme féminin considérable voilant toute force.
Dans le grand pas de trois" de Paquita, elle est insurpassable. Dans les Bijoux, les pas de cinq de Beauté, elle est insurpassable. En fait, nous n'avons eu personne comme elle au théâtre à ce jour et nous n'avons eu personne comme elle depuis fort longtemps.
Elle saute et tape aussi librement et audacieusement que n'importe lequel des hommes, mais elle n'est décidément pas un homme.
Un test pour ce rédacteur est de savoir si un danseur peut transformer un morceau de chorographie imbécile en œuvre d'art sérieux et valable. Clavigo est un ballet qui me rend fou et la variation de Marie est simplement absurde, presque insipide. La performance de Fanny Fiat cet après-midi l'a rendue sensée, c'était beau, poétique et émouvant. En fait elle a distancé toutes les autres interprétations de cette variation que j'ai pu voir pendant des années, y compris par le créateur de ce rôle.
Précisément, il y a un an les pas de Diamant de Mlle Fiat dans La Belle au Bois Dormant ont provoqué, entre autres, les commentaires suivants
"Si seulement Enrico Cecchetti avait attendu en coulisses pour regarder ! Les pas d'élévation de Mlle Fiat - sissonne, cabriole et ces difficiles jetés en temps d'arrêt, emboîtés, etc - forment un arrière-plan vaste et aérien contre lequel la batterie étincelle comme les facettes d'un joyau. Jamais depuis Alla Sizova, je niai vu de pas de chats si magnifiques, le corps entier s'élevant en ellipse bien haut au-dessus du sol, son pied d'acier n'effleurant le sol que pour rebondir. Dans l'arabesque avec fouetté dans le torse uniquement (comme dans le Festival des Fleurs) le déplacement du corps équivaut à tenir un diamant contre la lumière pour admirer ses feux. A l'ouverture de la variation, comme elle garde son bras haut contre l'air au son du triangle! son port de bras! Et aucun signe de la force prodigieuse qui est le fondement des découpures de sa danse !"
Comme dirait Noverre « après cette digression dont mon cœur avait besoin ». j'ajouterai que j'attends la perspective de voir Mlle Fiat jouer le rôle de Gamzatti au mois de mars. Et nous avons besoin de plus de répertoires, beaucoup plus de répertoires, pour des personnes comme elle.

Katherine Kanter