Texte de Katharine Kanter sur la Représentation du 1er janvier 2007

Dédoublement de la personnalité.
Puisque nous avons déjà dans la version de P. Bart, le dédoublement de Coppelius sous la forme de Spallanzani, je propose le dédoublement de Frantz avec Frantiszek.
Un Frantz qui sera petit, rapide et brillant pour danser les variations et un Frantiszek, une armoire, pour porter.
En tout cas, la représentation d'hier en matinée fut nouvellement la démonstration de pourquoi un soliste doit être donné plusieurs occasions de se tester sur un rôle. La première fois n'est qu'un coup d'essai.
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Autant Mlle. Fiat a été excellente le 16 décembre, son début dans le rôle venait alors d'être avancé de 15 jours, ou, autrement dit, deux semaines de répétition en moins.
Hier soir, le 1er janvier, ayant accompli trois ou quatre spectacles, elle a démontré une maîtrise foudroyante de la scène, du pantomime, et de l'interprétation entre les innombrables et interminables soli, pas de deux, pas de trois et tutti de ce ballet, d'une difficulté effroyable, et qui revêt plutôt le caractère de "cadeau empoisonné".
Dans les passages de grand allegro, on voit en la personne de Mlle. Fiat l'un des derniers grands représentants féminins de l'art de l'envol, son corps n'ayant pas été miné par l'hyper laxité. Le trajectoire majestueux de son grand jeté en arc et non en grand écart, l'intelligence de son utilisation du plancher dans les différents types de batterie est une leçon de danse. Si nous comprenions encore bien ce que devrait être le rôle, par exemple, de Kitri dans Le Don Quichotte, qui est un rôle de DEMI CARACTERE, il me semble assez évident que Fiat, dont la résistance physique est pratiquement sans limite, est l'une des rares à pouvoir l'assumer en confiance et sans trop de risque d'incident.
Le seul défaut que l'on puisse reprocher à Mlle. Fiat est le manque de « follow-through » dans le port de bras d'une position à l'autre. Espérons maintenant que cette ballerine, ayant finalement pu prouver qu'il s'agit d'une première danseuse, couronnée du laurier, et non un demi soliste, aura le loisir de travailler cet aspect en ses différents rôles.
Si le public était au fait de toutes les difficultés que ce ballet pose aux solistes et au corps de ballet, il applaudirait sans doute pendant 30 minutes au tomber du rideau.
Le problème, c'est que le public ne peut l'être, ce n'est pas son boulot, et donc les gens partent avec une impression artistique plus que mitigée. Personnellement, si je n'arrive pas à saisir l'argument d'un ballet après l'avoir vu trois fois, c'est que c'est HOPELESS, et je me refuse de lire le livret, qui devrait être soi évident.
L'incompréhensible pas de deux final (qui est en fait un pas de trois) semble se dérouler dans un tunnel avec un train express sur le point de foncer sur nous tous, et culmine avec trois portées où Frantz doit faire carrément tourner la femme en l'air à hauteur d'épaule pour qu'elle finisse en regardant DEVANT. Cette portée n'est pas pour rire, et il faut, de surcroît, le faire trois fois. Je plains Frantz, qui dans cette version détient l'un des rôles les moins gratifiants imaginables, et comme je viens d'écrire, nécessitant un dédoublement de la personnalité - Bélingard pour faire les variations, Paquette pour porter, et, puisque nous sommes avec M. P. Bart dans le domaine du Triangle, pourquoi pas, Phavorin pour faire tout le pantomime.
(Je souligne en passant que Phavorin a de nouveau été formidable dans cette parodie de Coppelius qu'il lui est donné à danser ... quel mime, quel homme de théâtre !)
N'empêche que le scénario hyper intellectuel et bizarroïde concocté ici ne vaut pas les fantastiques poupées qui dansent (suffisamment bizarres déjà, ces poupées!) et le pantomime de la version originale, de la main du non inconnu Louis de Saint Léon.

K. Kanter