En décembre 2006, le spectacle Coppélia donne lieu à
de nombreux commentaires sur le Forum Danser en France, dont voici quelques extraits.

« Bonne nouvelle si elle se confirme, et qui mettra un peu de sel dans ces distributions de Coppélia, on devrait avoir au moins une représentation avec Fanny Fiat dans le rôle-titre et Christophe Duquenne en Frantz.
Nul doute que Mlle Fiat récolte là les fruits de son comportement remarquable dans Suite en blanc, dont elle a été l'un des principaux attraits.
S'il y a une représentation à ne pas rater, ce sera celle-là ... »

« Fanny Fiat! Je suis très, très heureuse pour elle I!! J'espère qu'elle éblouira tout le monde ce soir-là! »

« Revenons donc à présent aux danseurs: Fanny Fiat a été magnifique dans le rôle de Swanilda, rendant parfaitement l'espièglerie et la vivacité du personnage et renouant au moins par l'esprit avec le personnage que nous a légué la tradition. Sa danse est techniquement sans failles, souvent brillante même, avec des sauts d'une hauteur prodigieuse. Et on la voit dominer tout autant les passages de caractère que ceux plus classiques ou plus lyriques. C'est elle l'héroïne du ballet et lorsqu'on la voit, on n'a aucun doute à ce sujet, du premier rang du parterre au dernier du deuxième balcon »

A ses côtés, Christophe Duquenne est peut-être un peu moins parfait, mais néanmoins très supérieure à ce qu'on a pu voir hier dans le même rôle, que ce soit en technique pure ou en présence. Plus que tout, j'ai adoré Stéphane Phavorin dans le rôle de Coppélius. Je ne suis pas sûre qu'il incarne vraiment Coppélius, le vieil alchimiste, mi-savant, mi-magicien (Patrice Bart l'a transformé en homme amoureux d'une danseuse, Coppélia, qu'il essaye de retrouver à travers Swanilda), mais quelle présence et quel travail d'acteur néanmoins ! Quelle transformation plastique, comme dans le rôle du Fantôme de l'Opéra l'an denier .. Maintenant, il lui manque peut-être un peu le côté ambivalent et vampirique que le personnage adopte vis-à-vis de Swanilda (qui est supposée éprouver une attirance trouble pour lui) dans ce livret et que restituait de manière plus explicite José Martinez. Le corps de ballet devait probablement être meilleur qu'hier soir, notamment dans les amis de Franz, mais j'avoue que mon attention a cette fois été surtout focalisée sur les solistes qui ont, faut-il le re-préciser, fait les choses en sotte ...

Une unité parfaite
La Coppélia de Patrice Bart fait son entrée à Bastille, si les décors n'ont pas été relookés, il n'en est pas de même pour la chorégraphie où visiblement de nombreux changements ont été faits. C'est sans doute cela voir une création évoluer en fonction de l'état d'esprit du chorégraphe, de l'endroit ou des interprètes. Patrice Bart a donc changé le caractère du personnage de Spalanzani, qui devient ici le véritable deus ex machina, Coppélius n'est plus qu'un veuf manipulé, amoureux d'une image et Swanilda et Franz les victimes de ce vieux savant. Une variation a été ajoutée au début du deuxième acte pour Coppélius, de même les danses de Spalanzani sont plus "chorégraphiés" qu'avant, même si la pantomime reste importante, la danseuse arabe est spécialiste de danse du ventre, la danseuse écossaise de la Gigue.
C'est Spalanzani qui montre l'image de Swanilda en copie conforme de sa défunte épouse à Coppélius et non plus elle qui tourne la page du grand livre. Le final a aussi été revu, avec une véritable chorégraphie pour le spectre de Coppélius, l'apparition des protagonistes de la Mazurka qui apparaissent au pas de deux final accentuant le côté mystérieux de cette fin. La chorégraphie de Franz a aussi été changée, pas sa variation du premier acte qui demeure toujours aussi difficile et pas forcément très esthétique, le danseur devant enchaîner les pas dans toutes les directions. Finalement il ne reste de Saint-Léon que la gigue et quelques pas du thème varié! Le reste a été rechorégraphié notamment la célèbre valse de la poupée, où l'héroïne joue à faire la poupée, mais n'est aucunement WI pseudo automate !

Ce soir, n'étaient distribués que deux sujets Fanny Fiat et Christophe Duquenne, à leur côté Stéphane Phavorin et Fabrice Bourgeois. Ils ont su rendre justice à cette version du ballet qui se bonifie avec le temps et devient vraiment intéressante que ce soit sur le plan de la danse ou sur le plan dramatique.

« Fanny Fiat n'avait jamais abordé un rôle titre, malgré tous les espoirs placés en elle par une grande partie des balletomanes Elle s'est emparée du ballet avec bonheur, une présence scénique évidente, une aisance, une aura et une musicalité exemplaire. Elle a été une Swanilda piquante, malicieuse, à la technique vive et précise dans les enchaînements de petits pas, au ballon naturel, et au jeu absolument parfait, coquine, amoureuse, perdue, sachant faire passer une palette d'émotions!
Il est à déplorer qu'elle n'ait pas été promue première danseuse, tant tous les espoirs et les attentes sont comblés. Ironie du sort, ou volonté, Fanny Fiat aborde son premier grand rôle l'année où il n'y a pas de concours de promotion. Vraiment dommage de se passer d'une aussi belle danseuse, quand on voit la qualité de beaucoup des dernières premières danseuses promues! Souhaitons que l'Opéra reconnaisse enfin ses talents et qu'il la distribue enfin à sa juste valeur. »

Pour ses débuts dans un grand rôle, elle dansait avec Christophe Duquenne qui a déjà incarné plusieurs rôles importants comme Roméo ou Désiré. De plus il abordait pour la troisième fois le rôle de Franz. De ce fait son jeu est de plus en plus abouti, et naturel. De surcroît il est un partenaire exceptionnel, musical et forme un magnifique couple avec Fanny. Dommage seulement que la variation du premier acte ait été entachée d'une glissade malencontreuse, mais la fatigue est là (générale du concours aujourd'hui oblige) ! Espérons que pour lui, les cieux seront plus cléments mercredi.

Quant à Stéphane Phavorin, il est un Coppélius attachant, plus touchant et désespéré qu'inquiétant, de plus il a totalement assimilé la gestuelle que Patrice Bart avait conçu pour José Martinez, danse avec ampleur, aisance.
Fabrice Bourgeois est truculent en Spalanzani, tour à tour grotesque ou énigmatique.
Le corps de ballet semble heureux de danser et emmène avec fougue mazurka, czardas et autres danses. Dans les petites amies, Laure Muret est irrésistible, de même que Sandrine Marache, on regrettera par contre que Mathilde Froustey en fasse trop! Bref une belle Coppélia enlevée.

Votre Commentaire me fait extrêmement plaisir Cathy!

« Je suis vraiment heureuse de voir que Fanny Fiat a su profiter de l'occasion qui lui était enfin offerte de montrer tout son talent !

Espérons maintenant que cela ne soit qu'un début, qu'on puisse la voir dans d'autres ballets et que dans un avenir proche, nous en reparlions à l'occasion d'un concours de promotion ...

Si la série des Coppélia avait débuté de manière quelque peu laborieuse, Fanny Fiat est venue opportunément nous arracher à la routine du balletomane, en nous gratifiant d'une Swanilda de très haute tenue.
Que Mlle Fiat soit remerciée chaleureusement de nous avoir permis de retrouver l'émotion des grands soirs, qui naît de ces moments de communion rares entre la scène et la salle. Cela faisait fort longtemps que nous n'avions vécu des instants aussi intenses.
Au vu de son remarquable début de saison dans Suite en blanc, on pouvait légitimement espérer de Fanny Fiat une grande performance dans Coppélia, où l'on a eu l'heureuse idée de lui confier ­enfin - un rôle d'envergure. Elle a été à la hauteur de nos attentes, et les a même dépassées.
La Swanilda de Mlle Fiat est habitée de bout en bout. Chaque geste, chaque regard sont porteurs d'expression. L'humour est savamment dosé, là ou il le faut sans que l'émotion, le lyrisme en pâtissent. Son incarnation de la poupée mécanique est magnifique, d'une précision qui évoque à la perfection quelque implacable mouvement d'horlogerie. Son jeu de jambe dans les pas - qui défient toute orthodoxie et qu'on serait bien en peine de décrire à l'aide d'une terminologie académique - de la danse écossaise du deuxième acte ont laissé toute la salle bouche bée. De Fanny Fiat, nous connaissions la technicienne émérite. Ce soir, nous avons aussi découvert en elle une grande comédienne. »

­A ses côtés, Christophe Duquenne (Frantz) a été un partenaire attentionné, qui n'a pas hésité à prendre des risques pour rassasier son public. Certes, on pouvait noter ici ou là quelques imperfections techniques, mais sa danse est propre, fluide, et M. Duquenne est toujours apparu impliqué, motivé, et pour tout dire, passionné par ce qu'il faisait. Et ce bonheur communicatif souffrira bien l'une ou l'autre réception un peu acrobatique.
Coppélius était incarné par Stéphane Phavorin, dont les talents d'acteur ont fait une fois de plus merveille, évoquant avec justesse le Don Juan de pacotille voulu par Patrice Bart, en lieu et place du vieux grigou décrit dans le livret original. M. Phavorin évoquait - par son incroyable souplesse et sa silhouette longiligne - irrésistiblement Valentin le Désossé, référence opportune à l'univers de Toulouse-Lautrec dans lequel nous plonge la scénographie.
Enfin, Fabrice Bourgeois, qui délaissait ses fonctions habituelles d'assistant maître de ballet pour revenir sur les planches, nous a gratifiés d'un Spalanzani très drôle, transformant même avec un sens aigu de l'à-propos une glissade malencontreuse en gag théâtral du plus bel effet.
Une bien belle soirée donc, avec des interprètes enthousiastes qui nous auraient presque fait oublier le pas de deux conclusif, long et un peu hors de propos, même dans une chorégraphie qui se veut relecture plutôt que restitution de l'œuvre originale.

Je n'avais jamais vu cette production qui est beaucoup plus complexe et adulte que celle à laquelle je suis habituée. Je crois qu'il y a là une lutte de pouvoir entre Coppélius et Frantz , entre la mémoire et le présent, entre la complexité de l'age et l'élan de la jeunesse, entre le désir de recréer la vie et le simple besoin de la vivre. Ce n'est pas particulièrement un ballet pour enfants bien qu'il soit agréable et parfois enjoué.

J'ai vu 2 distributions.
La première (Daniel, Pech, Martinez.) était vraiment complètement dominée par Martinez. Brillance et clarté, changements de rythme, ponctuations, étirements de la ligne, tout cela rend ce Coppélius fascinant dès sa première scène. On veut comprendre ce personnage bizarre et obsédé. Daniel était bien. Peut-être un peu trop lyrique (elle était surtout très bien dans le pdd. final), un peu trop femme. Elle n'avait pas le piquant qui m'avait tant plu dans sa Prudence (la dame aux Camélias). Mais bien.

Pech fut pour moi un peu décevant. Pour un tel technicien, il y avait bien des bavures. Cette variation du premier acte est vraiment meurtrière et l'on sentait la peine. Mais plus important encore, pour moi, est le fait qu'il avait un peu l'air bougon tout du long, comme s'il n'aimait pas trop sa partenaire (elle est d'ailleurs un peu grande pour lui). Dommage.

La deuxième distribution (Fiat, Duquenne, Phavorin) fut un régal.
Fiat fut simplement sensationnelle. Si vraiment c'était une prise de rôle, chapeau! Elle a une technique jolie et raffinée (çà, je savais déjà) mais aussi beaucoup d'esprit, d'allant, d'abattage, d'intrépidité. Elle s'est d'un coup de maître attitré ce rôle avec la certitude des toute grandes.
Qu'elle ne soit que sujet n'a aucun sens. »

Duquenne est vraiment très beau et a une présence intelligente. Il s'est jeté dans ce rôle avec la fougue de quelqu'un qui veut prouver qu'il mérite d'être distribué à ce niveau. Il a gagné. Voilà un beau prince: un peu plus de polissage et il nous épatera.
Phavorin est né pour danser Coppélius (entre autres). Il a ce coté diabolique, possède, qui rend ce personnage si mystérieux. Il a aussi la technique requise pour ce rôle bien nu. Il faut voir les pans de sa redingote claquer dans l'espace lorsqu'il pirouette à toute allure. Du vrai théâtre, au meilleur sens.

Un de mes grands plaisirs depuis que j'ai découvert ce forum, est d'aller assister à une des premières représentations, puis de lire les commentaires des uns et des autres, et de retourner voir le spectacle pour goûter ce qui m'avait échappé la première fois.

Et bien cette fois encore merci à tous, en voyant ce spectacle une 2e fois après vos commentaires j'ai eu bien plus de plaisir. A vrai dire j'avais la chance d'être placé plus près de la scène que la le fois, où j'étais au dernier rang du parterre, certes douillettement installé dans mon fauteuil, mais justement, trop loin et trop douillet pour vraiment me sentir "dans" le spectacle ...

Ce soir j'ai enfin compris vos commentaires superlatifs sur le Coppélius de JG Bart, qui m'avait complètement échappé depuis le dernier rang du parterre. Il interprète en effet le rôle avec beaucoup de mystère et de romantisme germanique, qui m'a fasciné.

 

« J'ai été subjugué par Fanny Fiat. Avec Fanny Fiat on a carrément autre chose. C'est plein de malice, d'une virtuosité électrisante (surtout au 2e acte), un moment de théâtre comme je les aime. »

Quant à Jérémie Bélingard, étant assez inconditionnel de ce style de danse très engagée et passionnée, je ne peux être que subjectif face à ce qui m'a semblé être une excellente prestation.

« Je suis par ailleurs d'accord avec certains commentaires : à la deuxième vision, je finis par trouver cette production tout à fait agréable et intéressante. Et même les fumigènes de la fin m'ont presque paru beaux (à moins que ce ne soit à cause de la prestation particulièrement émouvante de Fanny Fiat). »

  

De la déception à la jubilation

Avec un peu de retard, je viens vous partager mes impressions de lundi soir. J'étais arrivé à Bastille un peu triste et déçu.
En effet la distrib prévue Osta / Pech / Bart était changé Je n'arrivais d'ailleurs plus à suivre les changements!
De plus j'avais lu sur le forum un certain nombre de critique sur cette version de Coppélia.
La distribution annoncé ne me déplaisait pas vraiment mais ne me soulevait pas d'enthousiasme même si j'apprécie Fanny Fiat et Christophe Duquenne

Mais j'ai voulu être bon public.

J'ai été immédiatement séduit par la manière dont Koen Kessels dirigea l'orchestre colonne. Avec une fougue, un entrain rare
C'était déjà un spectacle à lui tout seul. (Je l'avais de trois quart bien en vue).

Le prologue avec ce rideau de scène transparent m'a séduit et interrogé. Je n'avais plus mes repères de la version classique.
Et j'avais eu l'étourderie de ne pas aller voir sur le site les explications fournies par Cathy (au passage un très grand merci pour toutes ses fiches bien précieuses. pour mes prochains ballets j'ai déjà pris de l'avance en allant voir les arguments. Bravo et merci à Cathy et à son équipe)

Le premier acte fut particulièrement enlevé. Christophe Duquenne fut un Franz plein de vie. Une belle tenue sur scène, un sourire agréable, une belle attention à sa partenaire. Il forma un beau couple avec Fanny Fiat. »

Elle fut éblouissante, donnant vie au personnage avec vivacité, espièglerie, poésie ...

Un petit regret le décor trop sombre et triste et qui limite beaucoup l'espace scénique. Si bien que parfois le nombre des personnes sur scène nuit à la lisibilité de la chorégraphie.
Les scènes de Coppélius m'ont complètement scotché. C'est prodigieux, éblouissant. On est à la fois dans le classique et dans le moderne. C'est un vrai feu d'artifice. Stéphane Phavorin me sembla parfait.

J'ai beaucoup aimé la danse avec les gerbes de blé.

Le second acte était beaucoup plus visible par le nombre moins important des protagonistes. Je suis toujours émerveillé de voir les danseurs et les danseuses qui font les automates garder la pose aussi longtemps.
Comment font-ils pour ne pas avoir de crampe
Je n'en dis pas plus Cathy a déjà merveilleusement rendu compte de cette soirée et je n'ai pas les termes techniques pour le faire

j'ai beaucoup aimé ce final avec cette lumière crue et ce pas de deux, qui est presque un pas de trois, avec de belles envolées de Coppélius.

Finalement je suis sorti ravi et jubilant de cette soirée, séduit par la chorégraphie et ébloui par les interprètes.
Bonheur de voir que la troupe peut assurer un très bon spectacle sans étoiles.
Quelle joie de savoir que Christophe a été promu Premier danseur il le mérite bien. Cette soirée l'avait confirmé. »